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  • Stéphanie Loré

"L'Eternel printemps" Marc Pautrel chez Gallimard, coll. L'Infini


Marc Pautrel est un homme amoureux d'une élégance et d'un raffinement rares. Comme dans son précédent opus, "La Vie princière", il met une femme en lumière. Celle dont il est question ici, il la rencontre en allant rejoindre des amis. Il remarque immédiatement cette femme entre deux âges pas particulièrement séduisante mais qui lui apparaît différente, si vive. Ils commencent par parler d'écriture, elle sait qui il est et lui confie son envie de se lancer. Elle l'invite à venir visiter sa librairie spécialisée en livres anciens. Après une très brève hésitation, il s'y rend. Commence alors une agréable suite de rendez-vous qui, au fil du temps, deviennent plus intimes. Ils se parlent de presque tout, se nourrissent l'un de l'autre. Il la trouve intelligente, drôle malgré un tempérament excessivement inquiet, passionnée, taquine. Il aimerait la voir plus longuement, plus intensément mais d'un accord tacite, tous deux gardent le désir en bride. L'art de la conversation est pour eux un art érotique, une volupté. Et puis, céder n'est-ce pas déjà s'éloigner ? Entretenir le désir, n'est-ce pas étirer le temps ?


Un style pudique, tout en ellipses, gracieux et sensible. Le regard d'un homme aimant et désirant est si beau, si émouvant. La complicité est tel un coeur qui bat s'électrisant de regards décryptés, de petits gestes adorés.

Avec "La Vie princière" et "L'Eternel printemps", Marc Pautrel tente d'approcher ce que peut être le désir, ce jeu d'attraction au savant dosage entre rapprochement et éloignement qui gagne, selon lui, à ne pas être satisfait, flirtant avec la frontière de la jouissance et par là-même entretenant l'intensité du brasier.

Le désir est appétit, soif et inclination ardente. Il n'est ni besoin ni volonté, plutôt irrationnel, obsédant, intense et durable. Il est une force qui nous pousse à l'action en même temps que manque. En nous mettant à l'épreuve, il nous révèle à nous-même. Il fait fondamentalement partie de notre essence et est fertilisé par notre imagination. S'il est source de souffrance et de tiraillements, il est aussi joie et bonheur, une énergie violente qui se pose en contrepoint au néant. Désirer, c'est continuer à exister. Entre espoir et désespoir, le désir illustre le drame de nos vies : qu'il soit satisfait ou ne le soit pas est également tragique.


"Chaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours fausse de l'objet même de mon désir."

André Gide


Faut-il pour autant raison garder ?


A paraître le 29 août 2019.

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